|   9 minute read

Repenser les systèmes qui alimentent le voyage

Le voyage durable ne repose pas sur une seule initiative ou technologie. Du SAF et de l’électrification aux données et aux programmes de voyage plus intelligents, Pippa Ganderton, directrice d’ATPI Halo, explore les systèmes, les décisions et les infrastructures qui façonnent l’avenir du voyage responsable.

La Journée mondiale de l’environnement est souvent un moment de réflexion, mais elle devient aussi de plus en plus un rappel de l’ampleur du changement nécessaire dans tous les secteurs. Dans le domaine du voyage, cette conversation évolue rapidement.

Les entreprises sont de plus en plus conscientes de l’importance de protéger l’environnement, et de nombreuses organisations adoptent la durabilité avant même les obligations législatives. Parallèlement, le voyage reste un levier commercial essentiel. Il renforce les relations, soutient les opérations mondiales et stimule la croissance, en particulier pour les organisations gérant des effectifs mobiles et des chaînes d’approvisionnement internationales.

Le défi auquel l’industrie est confrontée n’est pas de savoir si le voyage doit avoir lieu, mais comment il peut se dérouler de manière plus responsable.

Cela nécessite un changement de mentalité. Le voyage durable n’est pas porté par une seule initiative ou technologie. Il est façonné par un écosystème plus large d’infrastructures, d’énergie, de politiques, de collaboration avec les fournisseurs, de données et de comportements humains. En d’autres termes, ce sont les systèmes qui sous-tendent le voyage qui doivent évoluer.

Le voyage durable commence bien avant le départ

L’adoption accrue des réunions virtuelles est un exemple qui nous est familier à tous. Il y a dix ans, peu auraient imaginé le volume ou la complexité des conversations aujourd’hui menées sereinement en ligne. Bien que l’interaction en face à face reste essentielle dans de nombreux secteurs, la technologie a créé des opportunités pour réduire les déplacements moins critiques tout en maintenant la continuité des activités et la collaboration.

Dans le même temps, les programmes de voyage eux-mêmes deviennent plus intelligents. Les données jouent désormais un rôle central pour aider les organisations à prendre des décisions plus éclairées, qu’il s’agisse d’identifier des fournisseurs à faibles émissions, de privilégier le rail pour les trajets nationaux ou d’encourager des voyages moins fréquents mais plus longs permettant d’atteindre plusieurs objectifs en un seul déplacement. Chaque décision qui réduit les émissions contribue aux objectifs de durabilité qui aident à protéger notre planète.

La sensibilisation est souvent la première étape. Les plateformes de réservation actuelles offrent de plus en plus de visibilité sur les émissions de CO2 au point de vente, aidant les voyageurs et les organisations à comprendre l’impact environnemental de leurs choix en temps réel. Pour certaines entreprises, cela agit comme une simple incitation comportementale. Pour d’autres, cela est directement intégré dans la politique de voyage et les objectifs du programme.

L’infrastructure derrière le voyage durable

À mesure que le reporting des émissions s’améliore, les organisations ont également un bien meilleur accès aux données permettant d’identifier les domaines où des réductions sont réalisables. Cependant, certains des changements les plus significatifs proviendront en fin de compte des industries qui conçoivent et alimentent l’avenir du transport lui-même.

Les constructeurs aéronautiques continuent d’investir dans des conceptions plus légères et plus efficaces. L’infrastructure ferroviaire s’électrifie de plus en plus. Les véhicules électriques deviennent plus accessibles à mesure que les réseaux de recharge s’étendent. Les hôtels adoptent des sources d’énergie plus vertes et des matériaux de construction plus durables. Ces avancées démontrent comment la durabilité s’intègre désormais au cœur de l’infrastructure entourant le voyage, et n’est plus simplement une couche superficielle.

Le soutien des gouvernements et la collaboration de l’industrie resteront essentiels pour accélérer cette transition. Le passage à l’échelle est crucial. Le voyage durable ne doit pas devenir un privilège réservé aux organisations disposant des budgets les plus importants. À mesure que l’adoption augmente et que les technologies mûrissent, le coût du changement devient plus viable commercialement et s’auto-entretient.

Comment le SAF et l’électrification façonnent l’avenir du voyage

Le carburant d’aviation durable (SAF) est l’un des exemples les plus clairs de cette évolution en pratique. En tant que carburant de substitution directe, le SAF ne nécessite pas de modifications techniques des aéronefs, ce qui rend son adoption relativement simple sur le plan opérationnel. Cependant, l’accessibilité financière et l’approvisionnement restent des défis. Une adoption plus large, parallèlement à l’augmentation continue de la production de SAF à partir de matières premières responsables et durables, sera essentielle pour faire baisser les coûts et garantir une disponibilité à long terme.

Simultanément, l’aviation progresse grâce à une combinaison d’améliorations opérationnelles et technologiques, allant de conceptions d’avions plus efficaces à des mesures réduisant les itinéraires de vol globaux et l’attente au-dessus des aéroports, jusqu’à l’utilisation de remorqueurs électriques dans les aéroports, réduisant davantage la consommation de carburant.
Au-delà de l’aviation, les infrastructures ferroviaires et de véhicules électriques continuent de se développer à l’échelle mondiale, permettant aux voyageurs d’accéder à des options de transport à faibles émissions sans compromettre le confort, l’efficacité ou la sécurité.

Pourtant, malgré ces progrès, la réalité est que l’industrie du voyage est encore loin d’une mobilité à faibles émissions réellement généralisée. Pour de nombreuses organisations, un certain niveau d’émissions inévitables continuera d’exister dans un avenir prévisible.

Le rôle de la compensation carbone et des solutions fondées sur la nature

C’est pourquoi de nombreuses entreprises adoptent une approche plus large des programmes de durabilité, combinant une mesure rigoureuse des émissions et des stratégies de réduction annuelle avec des investissements dans la compensation carbone pour les émissions résiduelles du Scope 3. Les projets de haute intégrité fondés sur la nature peuvent jouer un rôle important, non seulement par la séquestration du carbone, mais aussi en soutenant la biodiversité, en protégeant les habitats et en générant des retombées positives pour les communautés locales.

Il est important de noter que la durabilité n’est plus considérée de manière isolée au sein des programmes de voyage matures. Les gestionnaires de voyages reconnaissent de plus en plus que la réduction des émissions, le contrôle des coûts, le bien-être des voyageurs et le devoir de protection sont profondément interconnectés.

Pourquoi les décisions de voyage basées sur les données sont essentielles

Certains des programmes de voyage les plus avancés utilisent désormais les données pour analyser les trajets à plusieurs étapes qui pourraient être remplacés par des itinéraires plus directs, réduisant ainsi la fatigue des voyageurs et les émissions. D’autres identifient les trajets aériens court-courriers qui pourraient raisonnablement passer au rail, permettant souvent de réaliser simultanément des économies de coûts et de carbone. C’est là que la prise de décision basée sur les données devient particulièrement puissante, aidant les organisations à passer de l’ambition à l’action concrète.
Cependant, des défis subsistent.

La qualité des données et la cohérence des méthodologies continuent de varier d’un secteur à l’autre, créant une confusion pour les organisations qui tentent de bâtir des stratégies de durabilité crédibles. Un meilleur alignement via les cadres et normes internationaux émergents sera essentiel pour aider les entreprises et les agences de gestion de voyages à adopter des approches de reporting plus transparentes et comparables. L’initiative CountEmissionsEU est, nous l’espérons, une première étape dans cette direction.

Le voyage durable consiste à voyager avec un but

Il existe également une idée fausse largement répandue selon laquelle la durabilité signifierait réduire totalement les voyages.
En réalité, le voyage durable ne consiste pas à arrêter de voyager. Il s’agit de voyager avec un but.
Lorsque les organisations travaillent en collaboration avec les fournisseurs, les partenaires technologiques et les parties prenantes internes pour réduire les émissions, les bénéfices se font sentir dans tout l’écosystème.
Le voyage reste essentiel aux affaires mondiales, à la croissance économique et aux relations humaines. L’accent doit désormais être mis sur la construction de systèmes permettant à l’industrie d’opérer de manière plus responsable sur le long terme.

L’investissement dans le SAF est un exemple où l’augmentation de la demande aide déjà à améliorer l’évolutivité et l’accessibilité financière sur certains marchés. Souvent, une multitude de petits changements et d’investissements peuvent collectivement produire un impact significatif.

Quelle est la prochaine étape ?

Pour les organisations qui entament ce parcours, la première étape consiste souvent à intégrer la durabilité directement dans le programme de voyage lui-même. Fixer des objectifs, améliorer le reporting et aligner les décisions de voyage avec les objectifs climatiques plus larges de l’entreprise aide à créer une responsabilité et des progrès mesurables.

Les gestionnaires de voyages ont également un rôle critique à jouer. De plus en plus, ils deviennent des contributeurs centraux aux conversations plus larges sur la durabilité en entreprise, aidant les organisations à identifier les opportunités de réduction des émissions tout en maintenant l’efficacité opérationnelle.

En fin de compte, un progrès significatif ne proviendra pas d’une solution unique. Il viendra d’une remise en question des systèmes qui alimentent le voyage, et de la reconnaissance que la durabilité est plus efficace lorsqu’elle est intégrée à chaque étape du déplacement.

Back